mardi 22 avril 2014

" Plus tu maudis, plus tu montes dans la hiérarchie de Chass". Rav Shalom Cohen occupera le fauteuil de Rav Ovadia Yossef

Six mois à peine après le décès de Rav Ovadia Yosef, le Conseil des Sages de la Torah (sépharade) מועצת חכמי התורה הספרדית élit le Rav Shalom Cohen à sa place, c’est-à-dire à la tête de cette docte assemblée qui est censée fournir l’orientation idéologique et toraïque de Chass.

Rav Shalom Cohen est le Rosh Yeshiva de la très sépharade Yeshiva Porat Yosef qu’il dirige depuis des décennies. Il n’a jamais rempli d’autres fonctions rabbiniques ou de Dayan, et ses principaux titres de gloire sont d‘avoir côtoyé le Rav Ovadia Yosef depuis toujours, d’être proche d’Arié Dhéry  et d’avoir siégé dans le Conseil des Sages depuis trente ans. Avant d’écrire cet article et sachant que ce Rav n’est pas trop « my cup of tea »,  j’ai essayé d’écouter des conférences  qu’il aurait prononcées et je n’ai rien trouvé si ce n’est ses invectives qui m’ont valu d’écrire mon article coup de gueule"Je ne savais pas qu’il fallait m'exterminer comme Amalék et m'envoyer en enfer parce que je porte une kippa tricotée", que j'ai rédigé en Juillet 2013. 


Bien sûr, la nomination du Rav Cohen à ce poste prestigieux et stratégique fait partie des manipulations d’Arié Dhéry qui, non seulement  contrôle aujourd’hui le Parti Chass mais désormais aussi l’Autorité spirituelle qui est censée guider le Parti. A moyen terme, m’est avis est que cette nomination se soldera par un affaiblissement conséquent de Chass aux prochaines élections, au profit d’autres formations moins religieuses et plus sociales qui répondront mieux aux attentes des Sépharades observants et moins observants.  Ainsi, elle ouvre grande la porte à un ex du Likoud, Moshe Kahlon, qui souhaite créer sa propre formation politique et s’opposer ainsi à Netanyahou. Les Juifs sépharades en Israël, hormis une minorité qui a étudiée dans les Yeshivot Lithuaniennes sont des juifs observants mais modérés qui n’ont aucune raison de se harédiser, religioser à l’extrême. Ils se sont accommodés à rav Ovadia Yosef qui était une figure toraïque exceptionnelle et charismatique, mais ne suivront pas Shalom Cohen qui d’ailleurs a été abondamment sifflé lors de sa nomination. Bref, Arié Dhéry a commis une des rares erreurs de sa carrière qui, par ricochets aura des conséquences sur la coalition politique israélienne à naître. 

La résurgence de l’URSS, merci Obama

Des présidents américains ont combattu farouchement pendant des décennies l’URSS ; on appelait ça jadis : la Guerre froide.  Désormais il y a un Président des USA qui, par inertie, complaisance, voire par une floue idéologie, donne les mains libres à Poutine en vue de recréer l’ancienne Union des Républiques socialistes et soviétiques.

En hébreu on dit Kol Am vé Lachon, ce qui signifie que le ciment qui lie les habitants d’un pays est formé par la langue qu’ils pratiquent communément. Quand Hashém détruit la Tour de Babel et disperse ses habitats aux quatre coins de la terre, Il leur permet néanmoins de se reconstituer en 70 communautés distinctes parlant la même langue. 

Poutine a bien compris la leçon et décidé de reconfigurer le conglomérat de pays  et d’ethnies qui composaient l’ancienne URSS en permettant à tous les russophones, quels que soient les Etats où ils habitent, de récupérer vite fait bien fait la nationalité russe. A cette fin il vient de signer un décret (ou de modifier une loi) qui accélère l’obtention du passeport russe à tous ceux qui passeront un petit examen de rien du tout qui prouvera  leur maîtrise de la langue russe.  

Première étape : Poutine annexe la Crimée et attend la réaction obamienne et ashtonienne.  Comme prévu, réaction quasi inexistante. Obama dit comme à son habitude: « nou, nou, nou !, il y aura des sanctions », ce qui en langage diplomatique signifie : « tu peux y aller, mon pote, tu n’as rien à craindre des Etats-Unis ». Deuxième étape : grignotage progressif de l’Ukraine, toujours sous prétexte de russophonie. Troisième étape : modification de la Loi qui permet l’obtention de la nationalité russe aux citoyens des ex Républiques socialistes soviétiques, en implantant dans ces pays  une Cinquième Colonne russophone qui, le moment venu, fera pression pour que leur pays accepte tous les desiderata de Poutine. Ainsi  le mouvement est en marche pour aligner le moment venu tous ces Etats sur la mère Russie, voire à recréer la super puissance de l’URSS, moribonde et, désormais ressuscitée.  

Les « nou nou nou !» d’Obama le mou n’impressionnent plus personne : ni les Syriens qui recommencent à jouer de la bombe chimique, ni les Palestiniens, ni  bien entendu Poutine qui redessine la carte du monde à sa guise. 

mercredi 9 avril 2014

Pour la première fois depuis des siècles la communauté juive de Kaïfeng en Chine va célébrer Pessa’h


On connait depuis  plus de mille ans l’existence d’une communauté juive dans la ville de Kaïfeng. On admet généralement  que les Juifs de Kaifeng seraient arrivés par la route de la soie, venant de Perse ou d’Inde, en passant par l’Afghanistan. Ils se seraient alors installés à Kaïfeng, capitale de la dynastie Song  qui régnait alors sur l’Empire du milieu. Au temps de sa splendeur la communauté compta jusqu’à 5000 âmes avec une synagogue, un rabbi, des institutions juives et un cimetière. Ils vécurent dans l’isolement le plus total, cultivant un judaïsme particulier, hors de l’influence des Rabbins d’Occident et fortement empreint de Confucianisme.  Au XVIe siècle d’ailleurs, un des membres de la Communauté de Kaifeng, n’ayant jamais entendu parler du Christianisme, entra en contact avec le père jésuite Matteo Ricci qu’il prenait pour un coreligionnaire; ayant cru que la Vierge à l’enfant qui trônait dans le bureau du Père Jésuite représentait Rebecca portant Jacob,  et lui proposa le plus sérieusement du monde de devenir le rabbin de leur synagogue. Grâce à Ricci L’Occident découvre l’existence de Juifs en Chine.  Après la destruction de leur dernière synagogue en 1850, la communauté juive chinoise de Kaïfeng  se délite et disparaît en tant que communauté organisée.

Or voici que Tzuri  Heng  Shi,  un membre de la communauté qui est  officiellement retourné au Judaïsme et vit en Israël, revient  à Kaïfeng pour y célébrer le Sédér de Pessa’h. Ce n’est pas une mince affaire : des Aggadot  (récit de la sortie d’Egypte) en hébreu et en chinois, des Matsot (pain azyme) et toute la nourriture casher de Pessa’h ont été envoyées d’Israël  pour l’occasion. Le seder devrait attirer plus de 100 personnes de la communauté , selon Shavei Israël , une organisation qui travaille avec des groupes de «juifs cachés » de partout dans le monde et parraine l'événement.

Bien qu’au fil des temps, des conversions au Christianisme et à L’islam ont affaibli la communauté, des descendants de familles juives identifiables par leurs patronymes ont conservé une certaine identité et des coutumes  juives. Grâce au miracle de l’Internet - qui n'a été inventé que pour l’occasion - des membres de la communauté se sont enquis d’Israël et du judaïsme traditionnel, et voici que l’un des leurs qui a passé tout le processus de conversion traditionnel en Israël célèbrera le Sédér  en compagnie de plus de 100 Kaïfengais.


L’année prochaine à Jérusalem, quoiqu’une communauté juive organisée en Chine aura son rôle à jouer.  Merci à Gaby qui m’a signalé cet article sur ce qu'il appelle les « Confujews », connaissant mon intérêt pour les similitudes entre Confucianisme et Judaïsme.

dimanche 6 avril 2014

Le plus grand antisémite de tous les temps


On a tendance, pour appréhender la suite des jours,  à se référer aux Prophètes d’Israël : Osée, Amos, Habacuc, Zacharie,  Malachie …, et on n’a pas tort, dans la mesure où ces prophètes sont inspirés par le Très Haut et  ne prédisent que ce qu’Il a bien voulu leur communiquer, généralement dans leur sommeil. Mais, dans la mesure où tous ces prophètes sont issus d’Israël, on peut penser que leurs prophéties sont  orientées pour le bien d’Israël,  et donc quelque part sujettes à caution, et on tendance à oublier  celui qui, de notoriété rabbinique, est considéré comme le plus grand prophète de tous les temps (plus grand même que Moïse, dit-on)  à savoir Bil’am.

Raconter l’histoire de Bil’am demanderait trop de temps, aussi je vous invite à vous reporter à votre Pentateuque habituel : Livre Bamidbar, Les Nombres, section Balak. A ce stade ne retenons de Bil’am que deux caractéristiques ; il n’est pas juif, donc ses prophéties n’ont aucune raison d’être orientées  en faveur d’Israël et,  il a prophétisé en l’an 2488 de la création du Monde. Si cette date ne vous dit rien, reportez-vous 40 ans plus tôt, soit en l’an 2448, qui correspond à la sortie d’Egypte et au don de la Torah au mont Sinaï. Quarante années plus tard, Moïse  passe la main à Josué qui, avec les Hébreux nés dans le désert se prépare à conquérir  la Terre promise.  C’est un peuple composé de guerriers jeunes et déterminés.   Ils sont tous âgés de moins de 40 ans, étant nés dans le désert,  et non de pleutres nés sous l’esclavage égyptien, lire  en Diaspora. Ils fourbent leurs armes pour reprendre la terre qui appartint à leurs ancêtres, contraints pour cause de famine à s’exiler en Egypte. Les descendants de Jacob et de ses douze fils transformés en douze tribus aux effectifs conséquents, sous la conduite de Josué et de Caleb ben Yéfouné, seuls rescapés des geôles égyptiennes, savent que les habitants des lieux ne vont pas leur céder la place sans combattre.

C’est peu de temps avant de franchir le Jourdain pour livrer leur première bataille à la ville fortifiée de Jéricho qu’intervient la prophétie de Bil’am. Le plus grand prophète que connaitront les Nations prononce ses oracles. Oh, il n’est pas un chaud partisan d’Israël ; il serait même, de l’avis général,  le premier grand antisémite, ou antisioniste, au choix, de l’Histoire, avant la lettre et avant l’invention du terme.  N’oublions pas qu’il s’agit d’un mercenaire embauché à grands frais par le roi Balak pour maudire Israël. La malédiction à cette époque - cela n’a pas trop changé depuis  quand on écoute le prêches des Ayatollahs -  devait se traduire en victoire militaire pour Balak.

Bil’am aimerait beaucoup maudire Israël, mais il ne peut pas, pour la simple et bonne raison que l’Eternel  ne le lui permet pas. Il faut par conséquent lui reconnaitre au moins le mérite d’être un grand croyant, un homme de foi, qui ne s’écarte pas d’un iota de ce que D. lui met dans la bouche.

On peut à ce stade, faire un distinguo entre antisémitisme et antisionisme. Le premier terme se rapporte au pauv. Juif  empoté, faible et mû par la seule motivation de survivre parmi les Nations haineuses. A ce Juif sont rapportés quantité  de qualificatifs méprisants tels que : avare, laid, animé par l’esprit de lucre, sale,  débauché, faible, passif, sournois, voleur, comploteur dans l’ombre. Plus tard est même apparue l’accusation de déicide.

On constatera que dans l’oracle de Bil’am rien ne rappelle de près ou de loin ce type d’image. Bien au contraire, quel que soit le sens dans lequel on tourne ses bénédictions à double tranchant, on ne voit que des qualificatifs laudatifs, admiratifs, qui se rapprochent du « Peuple sûr de lui et dominateur « dont nous affublait le Général de Gaulle. Ce qui laisse penser que Bil’am ne s’adresse pas à des individus isolés mais bien à une nation conquérante, en voie de constitution. A ce titre Bil’am doit être considéré plutôt comme un antisioniste qu'un antisémite.

Bil’am commence son oracle en distinguant d’entrée le peuple juif des autres nations « ce peuple, il vit solitaire, iI ne se confondra point avec les nations ». Les autres peuples n’ont pas de problème à se mélanger les uns aux autres, par épousailles ou par alliances. Ils ne disposent pas d’interdits alimentaires, festifs et autres mitsvot spécifiques qui le tiendront toujours à l’écart des autres  Goyim ; lire peuples. Israël au contraire réclamera, comme le dit si bien Netanyahou à ce que l’Etat d’Israël soit reconnu comme un Etat juif, un Etat distinct, inassimilable parmi les Nations, puisque une fois sur sa terre il compte bien se tenir à l'écart des autres Nations et ne voudra jamais être intégré dans une confédération ou dans une quelconque assemblée de nations possédant des valeurs communes. Ainsi aujourd’hui,  Israël ne veut partager son sort avec aucun autre Etat de la région, ni céder une quelconque partie de ses territoires. Ce n’est donc pas tant le refus des Arabes de le considérer comme une entité acceptable dans le Moyen-Orient que le refus de l’Etat juif d’acquérir quelque valeur des pays qui l’entourent, qui le tient à l’écart.

Dans son second oracle Bil’am se réfère à la protectia toute particulière dont dispose Israël auprès de l’Eternel : « Il n'aperçoit point d'iniquité en Jacob, il ne voit point de mal en Israël: l'Éternel, son Dieu, est avec lui, et l'amitié d'un roi le protège» ……  « Il n’y a pas de magie à Jacob, point de sortilège à Israël: ils apprennent à point nommé, Jacob et Israël, ce que Dieu a exécuté ».

Rashi interprète ainsi le premier passage : Il Ne regarde pas trop de près l’iniquité de Jacob, s’il transgresse les Commandements et Ne cherche pas trop exactement à bien analyser leurs fautes.    Il existe manifestement, selon Rashi et aussi à la lecture littérale du texte, une tolérance toute particulière du Tout Puissant envers Israël, à l’inverse des autres nations qui sont jugées à l’aune de leurs actes. Il est clair que Bil’am veut nous expliquer que oui, il y a de l’iniquité en Israël et que, oui le mal y est présent comme partout ailleurs, mais, que pour des raisons qui appartiennent au Tout Puissant, Il regarde ces choses mauvaises à travers une loupe déformante, avec compassion et tolérance. Est-ce dû à l’absence de magie et de sortilèges, coutumiers aux autres nations et non pratiquées en Israël ou est-ce tout simplement pour l'amour tout particulier de l’Eternel porte à son peuple favori qu’il extrait d’Egypte en infligeant les pires plaies aux Egyptiens. Quoi qu’il en soit Israël bénéficie d’un droit de faveur, voire d’un passe-droit, qui l’avantage considérablement par rapport aux autres Nations. Que faire contre cela ?

Et pourtant, si on observe la vie et la condition des Juifs à travers les siècles on ne voit pas trop  où se situe l’indulgence de l’Eternel à l’égard de ce peuple méprisé. A contrario, si l’on observe l'extraordinaire montée en puissance de l’Etat d’Israël  depuis sa création (et même depuis la Seconde Alyah) on ne peut que donner raison à Bil’am. Effectivement l’Etat d’Israël bénéficie, à n’en pas douter, d’une protection particulière de l’Eternel, même, comme nous dit Rashi, s’il ne respecte pas à la lettre les Commandements. Ce qui peut nous amener à penser qu’il importe assez peu à Hashem que l’Etat d’Israël a été construit par des Haloutsim, des pionniers, qui ne se souciaient guère du respect des Mitsvot. L’important est la confiance mise dans le D. d’Israël qu’Il soutiendra son peuple dans son retour à la terre de ses ancêtres. Le parallèle entre la conquête de la terre par Josué et la conquête par les pionniers du XX e siècle est frappant. Et ce n’est pas par hasard que David ben Gourion avait le livre de Josué comme livre de chevet.

Non seulement D. aime ce peuple et est peu regardant pour ce qui est de ses transgressions mais il le tient informé directement ou par le biais des prophètes et des Sages de ce qu’Il entreprend « ils apprennent à point nommé, Jacob et Israël, ce que Dieu a exécuté ».

Enfin, le second oracle de Bil’am se termine par un réveil brutal qui sort Ie Juif de sa léthargie galoutique  et le transforme en guerrier, en soldat de Tsahal « Ce peuple se lève comme un léopard, il se dresse comme un lion; il ne se reposera qu'assouvi de carnage, qu'enivré du sang de ses victimes!"   Le parallèle entre le Livre de Josué qui s’approprie progressivement le Terre sainte en livrant des batailles et les Guerres menées par  le Palma'h, puis par Tsahal, est patent. Dans un cas il s’agit d’un peuple sorti de l’esclavage qui se régénère pendant quarante ans dans le désert, sans tradition guerrière, puis, part à la reconquête de Canaan,  et de l’autre de pionniers venus de Russie au début du XX e siècle, puis d’immigrants qui n’avaient jamais tenu un fusil,  fraîchement débarquées en 1948 des bateaux   et envoyés immédiatement sur le champ de bataille. 

La métaphore animalière qui sera reprise au troisième oracle presque mot à mot séduit manifestement Bil’am : « II dévore les peuples qui l'attaquent … Il se couche, il repose comme le lion et le léopard: qui osera le réveiller ? ». Elle vient nous apprendre deux choses d’importance : la première est qu’Israël n’attaque jamais en premier, il se défend contre ses agresseurs ; Tsahal, soit l’armée de défense d’Israël, n’est pas une abréviation usurpée, la seconde est que, si on le laisse tranquille, on n’a rien à craindre de lui.

Le troisième oracle se rapporte à Israël sur sa terre: « Qu'elles sont belles tes tentes, ô Jacob! Tes demeures, ô Israël!  Elles se développent comme des vallées, comme des vergers le long d'un fleuve; Dieu les a plantées comme des aloès, comme des cèdres au bord des eaux.  La sève ruisselle de ses branches, et sa graine est abondamment arrosée ». 
Bien des explications subtiles ont été écrites sur ces textes et je vous invite à vous rapporter à vos commentateurs habituels. J’en vois quant à moi, en considérant la littéralité du texte, une description d’Eretz Israël contemporain, tant matérielle que spirituelle. Admettons que les « tentes de Jacob » soient les maisons d’études qui fleurissent aujourd’hui en Israël, non sans poser quelque fois des problèmes à l'autre Israël qui habite dans « ses demeures », il n’empêche que les deux cohabitent dans un lieu idyllique. C’est du moins ainsi que décrit Bil’am le nouveau Yishouv : vergers le long du fleuve, cèdres au bord des eaux, sève et aloès, graine est abondamment arrosée. On se croirait dans le Sharon ou dans la Shfela. Je doute même qu’à l’époque  de Josué et de ses successeurs la terre fut si fertile et les tentes et les demeures si « belles »

Ce troisième oracle commence à aborder  la suite des temps - ce qui sera complété dans le dernier oracle - et évoque la royauté d’Israël qui dépassera en puissance celle du Roi d’Amaleq : « son roi est plus grand que n'est Agag, sa royauté grandira toujours plus haut ». Il est clair que ce passage se rapporte à l’épisode où Samuel met à mort le roi des Amalécites, Agag, que Saül a épargné à tort ; ce qui d’ailleurs lui vaudra la perte de la royauté. Donc, Bil’am fait référence aux règnes de David et de Salomon qui constituent une montée en puissance par rapport à celui de Saül. Dans un perspective contemporaine, Bil’am  se réfère à la puissance politique et militaire montantes  d’Israël qui, progressivement, ne sera plus tributaire des autres nations et aura atteint sa « souveraineté politique »,  autre façon de traduire la montée en puissance de la royauté.

Dans le quatrième et dernier oracle qui clôt les visions de Bil’am, celui-ci se réfère à l’avenir lointain, à la « suite des jours », comme l’on dit en hébreu. C’est dans ce passage que Bil’am fait état de  ses extraordinaires capacités prophétiques.   Il commence par s’envoyer des fleurs en se positionnant comme le prophète absolu : « l'homme au lucide regard, celui qui entend le verbe divin et connaît le secret du Très-Haut, qui perçoit la vision du Tout-Puissant, qui fléchit, mais dont l'œil reste ouvert ». Il convient de s’interroger sur la validité de ces compétences hors du commun. Pour mieux comprendre la personnalité et les talents particuliers de Bil’am, je vous reproduis un texte que j’ai rédigé en Octobre 2008 qui vous montrera en quoi Bil’am est effectivement le plus grand des visionnaires:

Nos sages sont unanimes : Bil'am ou Bli’am (homme sans peuple) possédait un degré de prophétie supérieur à celui de Moïse. Etonnant, comment cela est-il possible ?
La Guemara dans Brakhot 7A, nous fournit une bonne piste de réflexion. En effet, il est dit que Bil'am était le seul homme à posséder un don tout à fait exceptionnel. Je dis bien un "homme", car le Talmud nous explique que les animaux, ou du moins certains d’entre eux, tels le coq, connaissent d’instinct, le moment précis où Dieu se met en colère. Bilam manifestement  partageait ce don avec le coq. Il connaissait l’instant précis où D. se fâche, et utilisait cet instant pour parvenir à ses fins, qui en général, consistait à maudire les Hébreux.La première question qui se pose est : D. peut-il se mettre en colère ? Une fois encore, les Sages sont unanimes, en citant les passages appropriés : oui D. peut des mettre en colère, de la même manière que D. prie. Que demande-t-Il dans sa prière ? Rav Zoutra Bar Touvia nous dit : D. prie pour que "Sa miséricorde l’emporte sur Sa colère". Preuve supplémentaire que D. est capable de colère.Cette colère ne dure qu’un instant, qui en hébreu se dit réga. Un instant-réga  n’est pas une mesure de temps approximative, comme dans l’hébreu courant, où la caissière dit à une cliente qui s’impatiente "réga Givérét", un instant, madame. C’est une mesure de temps précise, qui servait aux sages de l’époque dans toutes sortes de calculs astronomiques. La mesure du réga varie légèrement selon les sources. Ainsi dans ce passage du Talmud Brakhot, réga représenterait 1/ 58888 d’heure, soit 0.061 seconde. Dans d’autres textes on obtient 0.044 seconde. Cette fraction de seconde intervient lors des trois premières heures du jour.Et pourquoi D. se met en colère ? La Guemarra précise que D. s’emporte contre les Rois de l’est et de l’ouest, qui, aux trois premières heures du jour, ôtent leur couronne pour se prosterner devant le soleil levant.

Bilam, mercenaire de Balak, est invité, et grassement payé, pour maudire les enfants d’Israël, et, a toutes les chances d’y parvenir  si D. s’était effectivement mis en colère à cet instant précis, ce jour précis.  Le Talmud nous dit qu’il ne serait pas resté grand-chose des Hébreux. Or Hachém décide de modifier son mode opératoire habituel, pour que la malédiction de Bilam soit inopérante. Vous connaissez la suite : le peuple d’Israël eut droit à la plus belle bénédiction de son histoire,  énoncée par le plus grand, le talentueux et le plus foncièrement méchant prophète des Nations, de tous les temps.

Le Guemara nous explique que le coq connait d’instinct l’instant précis où D. se met en colère. Cela se manifeste par un blanchiment soudain de sa crête et le fait qu’il se tient sur une seule patte. Or, la Guemara raconte que Rabbi Yéoushua ben Lévi était tout le temps importuné par ce que le Talmud appelle un Min, qui contestait sans cesse les versets de la Torah ; Rabbi Yéoushua, excédé, décide de le maudire, à la manière de Bil'am. Il prend donc un coq, l’attache au pied de son lit et attend le moment propice qui lui serait révélé par le changement de physionomie et de comportement du coq. Manque de chance, le rabbi s’endort, et le moment fatidique passe. A son réveil, au lieu de se désoler d’avoir laissé passer l’instant propice à la malédiction, il de réjouit de n’avoir pas eu à maudire qui que ce soit,  même le plus mécréant des mécréants. Cette page du talmud nous interpelle à plusieurs titres.D’abord sur l’existence effective  de prophètes, mages, visionnaires de tout poil,  qui ne proviennent pas de la communauté d’Israël et qui, à certains égards sont plus affûtés que les prophètes juifs. Qu’ils soient tournés vers le bien ou vers le mal est affaire d’interprétation, mais une chose est certaine, nous n’avons rien à gagner à les écouter ou à nous attacher à leurs pas. Certains parmi eux possèdent une propension au mal qu’ils ont largement prouvé dans le passé, profitant d’une absence passagère de D. (ou, colère divine) pour nuire aux juifs. Les exemples abondent. Bil'am d’ailleurs, n’ayant pas réussi à maudire les Hébreux, s’est rattrapé par la suite en les engrainant dans une vague de débauche qui leur a coûté fort cher.

La colère de D. est tournée contre "les rois de l’est et de l’ouest" qui se prosternent devant le soleil.  Il me semble – interprétation personnelle – que l’on peut aller plus loin dans la définition de ces rois. Ne s’agit-il pas des chefs, matériels ou spirituels, de ce monde, qui n’ont pas trop bien compris qui le dirige effectivement, et qui auraient tendance à se prosterner devant le Pouvoir, la Richesse qui brille comme le soleil, et plus généralement devant de faux dieux qu’ils considèrent comme parfaitement authentiques et opérants.Maudire quelqu’un, même une petite malédiction de rien du tout qui ne tire pas à conséquence, est une erreur qui peut être lourde de conséquences. Qui nous dit en effet que cette malédiction n’aura pas été entendue là-haut ? Placer D. aux abonnés absents, peut s’avérer à la fois stupide et dangereux, parce que notre niveau de prophétie et plus proche d’epsilon  que de Moïse.

Le début de cette dernière prophétie a été abondamment commenté car elle traiterait du Roi messie à venir  «un  astre s'élance de Jacob, une comète surgit du sein d'Israël, qui écrasera les sommités de Moab et dominera les fils de Shét  ».  L’astre ou plutôt l’étoile (Ko’hav)  a fait penser à Rabbi Aquiva que le Messie n’était autre que Bar KokhBa ou Bar Koziba, Fils de l’Etoile. Ce ne fut pas le cas. Les Chrétiens s’en sont emparés en l’attribuant à leur Prophète. Il semblerait que là encore il y ait eu usurpation; donc, l’astre ou l’étoile est encore à venir. Seule certitude nous dit Bil’am, cet homme-astre est issu de Jacob/Israël.  Nous en sommes flattés et attendons son arrivée avec impatience.

Manifestement pour Bil’am il s’agit non pas d’un Messie pacifique mais d’un guerrier qui livrera des batailles aux ennemis d’Israël. Passons en quelques-uns en revue :

« Dominera tous les enfants de Shéth » La dénomination « Les descendants de Seth » ainsi que le verbe « dominer » posent un très gros problème dans la mesure où Shét est le seul fils survivant d’Adam qui, par définition, a donné naissance à l’Humanité toute entière. Est-ce à dire que toutes les nations du monde seront les adversaires d’Israël  et qu’Israël aura à les affronter toutes ? Le grand Rabbin Zadoc Kahn dans la traduction officielle de la Bible par le rabbinat à son époque (fin du XIX e siècle), conscient de cette difficulté, préfère botter en touche et traduire « les fils de Shét » par « les enfants de l’orgueil ». J’ignore où a t-il été chercher cette  expression. Rashi  qui n’a pas froid aux yeux, confirme que les enfants de Shét représentent toute l’Humanité. Et Onqelos, le génial prosélyte et traducteur/commentateur de la Torah en araméen, va encore plus loin en traduisant le verbe « qarqar »  que j’ai traduit par « dominer » par « contrôler, gérer, gouverner » (Shilton signifiant pouvoir).  Le rabbin Elie Munk dans son célèbre commentaire en français de la Torah nous rappelle que le Targoum de Jonathan nous dit que les enfants de Seth sont Gog et Magog dont la valeur numérique correspond à 70, soit au nombre total des Nations. Donc, à la fin des temps,  Israël fera la guerre à Gog et Magog et les anéantira. Ce qui revient exactement au même, mais est dit dans des termes plus ambigus. Donc, soyons clairs,  Bil’am nous annonce que, dans un avenir lointain, lorsqu’un astre, une étoile, quelque chose ou quelqu’un émergera d’Israël/Jacob, ce dernier sera appelé à dicter sa loi au monde entier. Quelle outrecuidance ! C’est là précisément que j’apprécie qu’une telle prophétie ne soit pas prononcée par un prophète d’Israël mais par un visionnaire qui non seulement déteste Israël mais n’est pas issu de ses rangs. Cela donne un tout autre poids à ses dires.

Edom, pour nos sages est clairement synonyme de l’empire Romain et, par extension, de la Chrétienté triomphante, puis de l’Occident éclairé tout entier.  Edom est devenu le symbole de l’antisémitisme. Ce qui commença avec l’empire Romain qui supprima jusqu’au nom d’Israël pour le remplacer par « Syria Palæstina » qui baptisa Jérusalem par le doux nom de « Aelia capitolina », se poursuivit en Europe sous les formes les plus ignobles. Bil’am tient à nous préciser qu’aux temps futurs Israël, non seulement se libérera de l’oppression d’Edom mais leur livrera une guerre victorieuse.  

Amaleq quelque fois associé à Edom est l’archétype de l’ennemi implacable d’Israël qui devra être combattu à chaque génération. Rappelons qu’Amaleq fut le premier de tous les peuples à attaquer Israël dans le désert du Sinaï, en s’en prenant plus particulièrement aux traînards, vieux et enfants. Le territoire d’Amaleq dans les temps bibliques était voisin de celui d’Edom d’où sans doute l’association d’idées entre ces deux peuples .

Des flottes partiront de Kittim. Nos sages nous expliquent: Des flottes partiront de Lombardie  et s’allieront avec des légions venant de Constantinople. Ils asserviront les Assyriens  et les repousseront de l’autre côté de l’Euphrate. Bil’am n’oublie pas les Ismaélites. Le Zohar  nous explique qu’il ne faut pas lire מי יחיה משמו אל (qui peut vivre quand D. ne l’a pas voulu) mais מי יחיה מישםעאל (qui survivra à l’époque des Ismaélites). Rabbi Shimon bar Yohaï dans la talmud Sanhédrin  nous dit : « Qui survivra à l’époque des Ismaélites ? Ce sont eux qui livreront  les dernières batailles avec leur férocité coutumière contre les Juifs. Le Zohar toujours rappelle qu’à la fin des temps les ismaélites mèneront trois guerres contre Israël : une sur mer, une sur terre et une contre Jérusalem.  
                                                                                                                                                                                   La tradition juive porte un jugement extrêmement sévère sur Bil’am. Il est, selon la Guemarra Sanhédrin (90) un des quatre  personnages qui n’aura pas droit au monde futur, ce qui représente le comble de la punition infligée à un humain et pourtant les sages admettent - il serait difficile d’en faire autrement - que Bil’am reconnaissait et respectait D.

Ce jugement est d’une sévérité extrême et passablement injuste à mon très humble avis, parce qu’en fin de compte ce qui importe ce sont les mots prononcés et la trace laissée sur le devant de l’Histoire. Les bénédictions, même en sous teinte, prononcées par un Prophète visionnaire qui ne faisait pas partie d’Israël ont marqué l’inconscient collectif bien plus que celles prononcées par les Prophètes d’Israël, . Il est le premier à avoir changé l’image du peuple juif qui, d’une assemblée d’esclaves, est appelé à devenir un peuple conquérant et créatif qui façonnera l’Histoire du monde.  Ce qui a commencé avec Josué et qui continue aujourd’hui en Eretz Israël. Si l’Etat juif est en mesure de tenir sa place et d’imposer sa marque dans une immense région peuplée uniquement d’ennemis, si les Juifs raflent 22 % des prix Nobel, si Israël fait la une des journaux alors que tant d’autres choses graves se déroulent de par le monde et que personne n’en parle, cela ne doit pas être considéré comme une surprise. Il suffit de se reporter aux oracles de Bil’am ; tout y est écrit et décrit. Une braïta (terme désignant une tradition orale juive non incorporée dans la Mishna) nous dit que « Moïse  a écrit son Livre ainsi que le Livre de Bil'am et le livre de Job. Ce qui signifie deux choses : que le Livre de Bil’am (et celui de Job)  ont un poids et une crédibilité considérables puisqu’ils ont été rédigés par le même Moïse qui a écrit la Torah d’Israël, mais aussi que ces deux livres exogènes doivent bénéficier d’une vie propre,  et je rajouterais d’un message , voire d’un avertissement universel : détestez les juifs tant que vous voulez, vilipendez l’Etat des Juifs, ça ne changera rien. Ce peuple, qui aujourd’hui possède un espace vital qui lui appartient est l’acteur principal dans l’écriture de l’Histoire. Pourquoi, et bien tout simplement parce qu’il bénéficie d’une protectia spéciale du Tout Puissant. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Bil’am.